A Arsenyev on ne lève pas que les « requins » et « alligators »

Interview avec le Directeur général de la Compagnie d’Aviation d’Arsenyev Progress Yury Denisenko.

— Yury Petrovich, votre usine est connue par la commande de l’Etat des hélicoptères Ka-50 « Requin noir » et Ka-52 « Alligator ». Néanmoins, l’usine produit également les engins pour l’aviation civile. Pourriez-vous nous parler des programmes Yak-54 et Mi-34 ?

— Nous prévoyons d’intégrer dans le programme général de production, la production des engins d’aviation légère. En même temps, nous nous consacrons avec le même sérieux à la production des avions de sport Yak-54 produits pour les clients privés qu’à la production des hélicoptères Ka-50 et Ka-52 destinés aux Forces Armées.

Pour le moment la rentabilité de la production des Yak-54 n’est pas très élevée. 5 appareils sont déjà prêts et une dizaine est prévue pour l’année en cours. Il est prévu de produire un avion par mois. Bien sûr, aujourd’hui la demande du marché est plus importante que 12 appareils par an, mais l’augmentation de la production ne dépend pas uniquement de notre volonté. Le problème est que les fournisseurs qui nous livrent en motopropulseurs et pièces détachées ne sont pas encore prêts à assurer les livraisons en quantité nécessaire et à temps. Par exemple, les moteurs M-14X nous sont livrés de Voronej, où la question d’augmentation de la production est également d’actualité. Les problèmes ne sont pas insurmontables, et je pense que pour l’année 2009 nous pourrons sensiblement augmenter la production des Yak-54. Nos moyens de productions nous permettent de produire de 3 à 4 avions par mois.

A l’heure actuelle, la première série de Yak-54 est à l’étape d’assemblage et de tests. Le premier appareil a été testé l’automne dernier par le pilote du GosNIIGA Yury Kabanov qui a formé les pilotes de l’usine pour le pilotage de ce type d’appareil. Fin octobre 2007 à la base aérienne « Ozernye Kliuchi » près de Vladivostok a eu lieu la présentation officielle et les vols de présentation du Yak-54 assemblé à Arsenyev. Là-bas même les représentants du roi de la Jordanie qui lui-même est pilote et fane du sport aérien, ont pris connaissance de l’appareil. Pour la promotion du Yak-54 sur le marché international, nous prévoyons sa démonstration à l’exposition de l’aviation générale EUR-AVIA 2008 à Cannes en France.

Lors de la prise de décision de la production du Yak-54, l’un des buts poursuivi était l’utilisation équilibrée des surfaces de production de l’usine. SI on parle des usines qui produisent les avions de lignes qui sont grands et lourds, leur production principale et les avions légers différent énormément  et donc font appel à des technologies différentes et moyens de production différents. En revanche, notre usine peut utiliser les mêmes processus technologiques et les mêmes outils que pour la production des hélicoptères.

Le développement de la production d’avions a été financé avec nos capitaux propres. Il n’y a pas aujourd’hui de programmes d’Etat qui auraient pour but le soutien du développement de l’aviation sportive. Même si ROSTO (Organisation de Sport et Défense Technologique Russe) est très intéressée par ces appareils, et même a émis des options, la question du financement n’est toujours pas résolue. De plus, à mon avis, la législation dans notre pays n’est pas assez adaptée au développement du sport aérien privé, contrairement aux pays étrangers où les avions appartiennent aux clubs ou aux sportifs. Chez nous il en est autrement. Néanmoins, nous travaillons dans la perspective du changement. Je suis sûr, que le marché russe des avions légers ne cessera de croître, entre autres dans la catégorie des avions de sport. D’un autre côté, je vous ferais remarquer que cette branche est assez spécifique et très peu de producteurs dans le monde se consacrent à ce type d’appareils. Il y a quelques modèles, mais ils sont très chers, et il n’y en a pas à des prix accessibles, voire même moyens comme notre Yak-54. Je pense que dans certaines conditions nous pouvons rendre la production de ces appareils rentable tout en gardant le prix actuel pour les acheteurs. Pour cela il faut évidemment développer la production à la chaine est vendre 5 à 6 appareils par mois. A propos, avant, au début des années 90 nous produisions un appareil monoplace semblable Yak-55. A l’époque 5 à 7 pièces par mois sortaient de l’usine. Aujourd’hui la conjoncture du marché a changé considérablement, c’est pourquoi il y a une forte demande d’un avion de sport biplace, surtout à l’étranger.

Les propriétaires des appareils Yak-54 trouveront les réponses auprès du centre d’ingénierie de l’usine pour toutes les questions liées à la maintenance sous garantie ou hors garantie. Probablement, au fur et à mesure de développement des ventes d’autres structures en charge de la maintenance de ce type d’avion seront créées.

— Vous venez de nous parler en détail de la production d’avions. Qu’en est-il du programme de production de l’hélicoptère Mi-34 ?

— Nous avons produit un peu plus de 20 hélicoptères Mi-34. Ensuite, la production a été suspendue, même si on avait encore 9 carcasses entièrement assemblées. J’ai signé cette décision en 2004. La couse principale en était la nécessité de modernisation de l’appareil, car dans l’état dans lequel on la livrait sur le marché elle n’était plus compétitive. En plus, les relations avec les fournisseurs se sont compliquées : étant donné que les hélicoptères produits se chiffraient en unités, la plupart des fournisseurs ont arrêté la production des pièces.

Parlant du programme du renouveau du Mi-34, je remarquerais que cet appareil est très original. Il n’a pas d’égal dans la voltige aérienne. Mais maintenant on parle d’hélicoptère léger à utiliser pour le business et l’aviation privée ou corporative. Sans aucun doute, avec une telle approche l’appareil a besoin d’être modernisé. Je vous rappelle que le Mi-34 dans sa version modernisée fait partie de la lignée des hélicoptères qui vont être produits par la holding « Hélicoptères russes ».

Nous sommes prêts à relance la production des Mi-34 et pour commencer nous pourrions terminer les 9 hélicoptères qui sont en état d’assemblage. Mais le problème principal est qu’aujourd’hui il n’y a pas de producteurs de certaines pièces principales, par exemple le moyeu de rotor, axe d’hélice de queue et bien d’autres. C’est l’un des problèmes que la holding a la vocation de résoudre. En même temps, en plus de développer la production des pièces par les fournisseurs, il faudra répondre à toutes les questions de financement du programme.

Serguey Lelekov